Republique des Lettres

  • Eugène Oniéguine Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Alexandre Pouchkine. Eugène Onéguine est un jeune seigneur russe orphelin, éduqué à la française, sceptique, égoïste, blasé de tout et de tous. L'héritage d'un de ses oncles l'oblige à quitter Saint-Pétersbourg pour se rendre à la campagne. Là, avec un autre jeune propriétaire, le poète idéaliste Lenski, il commence à fréquenter la maison de Mme Larine qui vit avec ses deux filles, la romantique et mélancolique Tatiana et la vivante et gaie Olga. Lenski est le fiancé de cette dernière. Tatiana s'éprend d'Onéguine et lui avoue son amour par une lettre ardente et naïve, à laquelle le dandy répond cyniquement par un sermon moral. Au cours d'un bal, pour chasser son ennui, il courtise Olga. Défié en duel par Lenski, il le tue. Après de longues années de vagabondage, il revient à Saint-Pétersbourg et y retrouve, devenue une grande dame mariée à un général, la Tatiana qu'il avait jadis méprisée comme une petite provinciale. Il éprouve cette fois une grande passion pour elle et tente, vainement, de la courtiser. Ouvrage unique en son genre, "Eugène Onéguine" est un roman par son intrigue et un poème par sa structure. La narration est conduite directement par Pouchkine, qui se présente comme un ami d'Onéguine. Imprégné du lyrisme caractéristique de l'auteur, l'influence de ce récit, publié en 1833, a été énorme sur toute la littérature russe du XIXe siècle et Dostoïevski en a exalté la fidélité à l'âme véritable du peuple russe, incarnée surtout par l'héroïne, Tatiana.

  • La dame de pique ; Doubrovsky Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Alexandre Pouchkine. Traduction du russe par André Gide et Jacques Schiffrin. Le héros du récit, Hermann, a entendu une anecdote racontée par un de ses amis: une vieille comtesse, Natalia Pétrovna Golitsina, réussit à gagner à coup sûr au jeu grâce à une combinaison secrète de trois cartes. Hermann, qui n'a encore jamais joué aux cartes mais est fasciné par le jeu, est bientôt envahi par l'obsession d'arracher le secret de la vieille dame. Il séduit Lisavéta Ivanovna, dame de compagnie de la comtesse, pour pénètrer de nuit dans sa maison et l'effraie à tel point qu'il cause sa mort, sans toutefois lui avoir arraché le secret dont elle nie l'existence. Après les funérailles, le spectre de la vieille dame apparaît au jeune homme et lui indique les trois cartes gagnantes. Hermann gagne d'abord avec les deux premières, mais il perd avec la troisième. Croyant avoir un as, il n'a que la dame de pique. Le jeune homme devient fou sous l'effet de son cauchemar. "Chef-d'oeuvre de l'art fantastique" selon Dostoïevski, et sans doute nouvelle la plus célèbre de la littérature russe, "La Dame de pique" est l'une des créations les plus originales de Pouchkine. Artistiquement parfait, écrit comme l'on abat des cartes, le récit est surtout une analyse, très aiguë et très brève, de l'obsession du jeune homme, une objectivation de son hallucination. Inspirée par des faits et personnages réels, mêlant fantastique et romantisme, l'auteur y réalise la fusion d'éléments réalistes avec d'autres de pure imagination où l'influence de E.T.A Hoffmann est évidente. "La dame de pique signifie une malveillance cachée" met en garde l'exergue du livre.

  • L'immoraliste Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'André Gide. Michel, jeune intellectuel, élevé dans un milieu très puritain, est devenu le prisonnier d'innombrables contraintes morales. Gravement malade, il ne recouvre la santé qu'au cours d'un voyage en Afrique du Nord où il est pris d'un goût très vif pour la vie et les plaisirs qu'elle procure en contemplant de jeunes garçons pleins de santé. Revenant plus tard avec sa femme sur cette terre africaine qui stimule sa sensualité, il se libère de tout conformisme et éprouve un plaisir pervers à devenir l'ami et le protecteur d'un jeune arabe, Moktir. Constatant que Moktir est un petit voleur manquant de tout sens moral, il s'applique à développer chez lui ce qu'il considère comme sa force et son indépendance. S'apercevant aussi que le climat africain est pernicieux pour la santé de sa femme, il ne fait rien pour la sauver et la laisse mourir, se libérant ainsi de l'affection et de la fidélité. Certaines pages de "L'Immoraliste" sont parcourues par un véritable souffle lyrique, d'autres recomposent, avec plus de raffinement, la matière même des "Nourritures terrestres", tournant parfois à la satire, mais affirmant toujours la pureté classique du style de l'auteur.

  • La vie d'un simple Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Guillaumin. "La Vie d'un simple" est le récit biographique romancé, mais profondément réaliste et humaniste, de la vie de Tiennon Bertin, un vieux paysan voisin de ferme de l'auteur. Pour Émile Guillaumin, inspiré par la lecture du "Jacquou le Croquant" d'Eugène Le Roy, il s'agit alors de "montrer aux messieurs de Moulins, de Paris et d'ailleurs ce qu'est au juste une vie de métayer". Témoin privilégié du monde rural - il est lui-même paysan dans ce terroir bourbonnais et commence déjà à s'engager activement dans le syndicalisme agricole - il rend compte de la vie quotidienne de son personnage, décrivant et analysant très finement la condition paysanne et son évolution dans la région, notamment les relations de domination entre les paysans qui cultivent la terre et leurs «maîtres» propriétaires des fermes. Son émouvant récit constitue un document exceptionnel sur la vie paysanne en France pendant la seconde moitié du XIXe siècle. Publié en 1904, le livre fera d'emblée une très forte impression sur le public. Soutenu par Octave Mirbeau, Lucien Descaves, Charles-Louis Philippe et Daniel Halévy, il manquera de peu le Prix Goncourt. Pour la première fois dans l'histoire de la littérature française la vie rurale se trouve en effet évoquée dans sa sourde réalité par un petit paysan de son état. Avec cette vie d'un simple métayer surgie des profondeurs de la France éternelle à l'aube du XXe siècle, Guillaumin touche le tréfonds du monde paysan et, par là, le peuple français tout entier dans sa force et sa faiblesse.

  • La grande triade Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de René Guénon. "Beaucoup comprendront sans doute, par le seul titre de cette étude, qu'elle se rapporte surtout au symbolisme de la tradition extrême-orientale, car on sait assez généralement le rôle que joue dans celle-ci le ternaire formé par les termes "Ciel, Terre, Homme". C'est ce ternaire que l'on s'est habitué à désigner plus particulièrement par le nom de "Triade", même si l'on n'en comprend pas toujours exactement le sens et la portée, que nous nous attacherons précisément à expliquer ici, en signalant d'ailleurs aussi les correspondances qui se trouvent à cet égard dans d'autres formes traditionnelles." - René Guénon.

  • Paray-le-Monial Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Henri de Régnier. Écrivain influencé par le Parnasse et le Symbolisme, journaliste littéraire et académicien cultivé et raffiné, voire quelque peu maniéré, Henri de Régnier (1864-1936) offre ici sa prose à une petite ville de Bourgogne du sud, Paray-le-Monial. Dans un récit quelque peu nostalgique et mélancolique parsemé des souvenirs de sa famille, il raconte l'histoire et la géographie de ce lieu inspiré fondé avant l'an mille par les moines de l'Ordre de Cluny puis devenu au fil des siècles "cité du Sacré-Coeur" et haut lieu de pélerinage catholique. Avec son sens du passé alliant culture classique et rêve romantique, il traverse les siècles, racontant la fondation du monastère au sommet du "Val d'Or", l'expansion du "Paredum monial" sur les bords de la Bourbince, la construction de ce chef-d'oeuvre d'architecture romane qu'est la basilique, la canonisation de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, inspiratrice du culte du Sacré-Coeur de Jésus, la généalogie de la noblesse régionale, les guerres de religion, les destructions de la Révolution et autres faits historiques marquants de la petite cité du pays charolais. - "C'est là que je reviens souvent en pensée, au soir de ma vie, vers les chers disparus dont la mémoire se mêle aux souvenirs de mes lointaines années. De là je domine la tranquille petite ville de France à laquelle m'attachent tant de liens de famille, la petite ville que je vois groupée sur les rives de sa Bourbince, avec ses rues, ses places, ses maisons, ses jardins, autour de sa vénérable basilique Clunysienne, le Paray-le-Monial de ma jeunesse, le Paray-le-Monial des "Jours Heureux" et des "Vacances d'un jeune homme sage", à qui j'offre ici ces images de son passé." - Henri de Régnier.

  • Au pays des contes ; choses révées et choses vécues en Caucasie Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Knut Hamsun. En 1898, Knut Hamsun vient de se marier, son roman "Victoria" est publié et une bourse du Ministère des Cultes et de l'Enseignement lui est octroyée. Avec sa jeune épouse, il décide d'effectuer un voyage qui le mène d'abord en Finlande puis et surtout, pendant toute l'année 1899, vers l'est, cette Russie qui le fascine depuis toujours à travers la lecture des grands écrivains russes. En train ou à cheval il traverse le pays: Saint-Petersbourg, Moscou, Vladikavkaz, Tbilissi, Bakou sur la mer Caspienne, Batoumi sur la mer noire, et enfin retour via Constantinople. Dans un carnet de voyage - genre littéraire qu'il affectionne particulièrement -, le futur Prix Nobel de littérature raconte au présent ce qu'il voit: les espaces, les gens, la vie, mais aussi ce qu'il imagine et ce qu'il pense, par exemple de l'âme et de la littérature russe: Dostoïevski ("le seul écrivain dont j'ai appris quelque chose, le plus grand des géants russes", dit-il), Tourgueniev, Tolstoï... Il ne cherche pas à rencontrer des personnalités ou des intellectuels, se contentant de partager la vie du petit peuple. Son Caucase - "vécu et rêvé", comme l'annonce le sous-titre du livre - est un voyage poétique dans la géographie, mais aussi dans le temps et la conscience primitive de la Russie, un voyage vers son propre Orient.

  • Théâtre complet Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jean Giraudoux. Pas plus que dans ses romans, Giraudoux ne cherche sur la scène à briller par l'originalité des sujets: "Siegfried" n'est au fond qu'une adaptation, le thème d'"Ondine" est emprunté à La Motte-Fouqué, ceux d'"Electre", de "Judith", d'"Amphytrion", de "La guerre de Troie n'aura pas lieu" appartiennent au patrimoine le plus traditionnel. Seules de ses pièces, "Intermezzo" et "La Folle de Chaillot" sont absolument originales. Giraudoux dédaigne tout autant les fameux "conflits psychologiques", la peinture sociale ou celle des caractères. Ses pièces sont au-delà des particularités individuelles, hors du temps. Il retrouve ainsi la vertu essentiellement mythique, religieuse, du théâtre. Sans doute nous touche-t-il moins par la sensibilité que par l'intelligence, mais son dessein est de nous arracher à l'accidentel, de nous "confronter solennellement" avec le destin humain. Ce volume comprend les pièces suivantes: "Siegfried", "La Fin de Siegfried", "Amphitryon 38", "Judith", "Intermezzo", "Tessa", "La guerre de Troie n'aura pas lieu", "Électre", "Supplément au voyage de Cook", "L'impromptu de Paris", "Cantique des cantiques", "Ondine", "Sodome et Gomorrhe", "L'Apollon de Bellac", "La Folle de Chaillot", "Pour Lucrèce", "Les Gracques".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de René Guénon. Avec cette "Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues", publiée en 1921, René Guénon constate la divergence entre Orient et Occident et souhaite promouvoir un mouvement d'ouverture à la pensée orientale. Pour lui, l'Occident est "despiritualisé" et sa civilisation est condamnée. Tôt ou tard, s'il veut survivre, il doit repousser la fatuité qui l'incline à croire qu'il est la civilisation par excellence. Il rappelle d'ailleurs que la séparation entre les deux mondes ne fut pas toujours absolue, évoquant notamment le caractère oriental de la philosophie de l'école d'Alexandrie, ainsi que l'apport de la philosophie arabe au monde culturel médiéval. Il énumère les nombreux emprunts que firent les Grecs aux orientaux. Dans la deuxième partie du livre, René Guénon présente une introduction à l'ensemble des pensées orientales, du monde musulman à la Chine en passant par l'Inde, démontrant que la tradition y est aussi bien orale qu'écrite et qu'elle se confond complètement à la civilisation: en Islam tradition à la fois métaphysique et religieuse, en Inde tradition purement métaphysique, en Chine tradition métaphysique et sociale bien séparées l'une de l'autre. La troisième partie du livre traite exclusivement des doctrines hindoues. Il s'élève contre les hindouistes qui distinguent trois périodes dans l'histoire de la civilisation de l'inde: védisme, brahmanisme, hindouisme. Pour lui, la tradition hindoue n'a jamais cessé d'être fondée sur le Veda. Le bouddhisme, qui n'est ni une religion ni une philosophie, est cependant de toutes les doctrines orientales la plus proche des modes de penser occidentaux. Il étudie en détail les différents caractères de l'hindouisme: les castes, la Nyâya, le Vaishêshika, le Yoga, le Mîmâmsâ, le Vedanta enfin, domaine de la pure métaphysique. Dans la quatrième et dernière partie, sont passées en revue les principales interprétations occidentales de l'hindouisme.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de René Guénon. C'est dans "La Crise du monde moderne" que René Guénon a ordonné toutes les raisons de son aversion pour cette civilisation occidentale moderne dont il est mort complètement séparé après s'être converti à l'islam. Accusation radicale, qui ne s'attaque pas seulement à tel ou tel aspect de la mentalité moderne, mais la rejette tout entière, et sans appel. Tout d'abord, dit-il, le monde moderne est matérialiste: rien n'existe que ce qui peut sentir et toucher. Il ne connaît que la réalité sensible et il est esclave de la superstition du fait, qui l'oblige à refuser tout accès à un monde supérieur. Le monde moderne se veut de plus scientifique, mais cette science n'est plus rattachée, comme dans les sociétés traditionnelles, à des principes métaphysiques. C'est une science profane et non un prolongement de la connaissance absolue. En outre, le monde moderne n'est plus religieux. Même le christianisme est atteint par le matérialisme. Enfin le monde moderne est démocratique et René Guénon ne s'intéresse aux phénomènes politiques qu'en tant que signes de la mentalité générale. Par exemple, alors que la notion de "caste" est selon lui profondément juste, puisque fondée sur la disparité nécessaire des fonctions, la démocratie, appuyée sur le préjugé égalitaire, humilie l'ordre même du monde. Le pouvoir, dit-il, ne peut venir que d'en haut. À travers cette critique radicale du monde occidental, la pensée de René Guénon se trouve ainsi exactement à l'opposé de tous les dogmes et de tous les concepts modernes.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de René Guénon. "La croix est un symbole qui, sous des formes diverses, se rencontre à peu près partout, et cela dès les époques les plus reculées. [...] Ce caractère symbolique, bien que commun à tous les faits historiques, doit être particulièrement net pour ceux qui relèvent de ce qu'on peut appeler plus proprement l'"histoire sacrée". Et c'est ainsi qu'on le trouve notamment, d'une façon très frappante, dans toutes les circonstances de la vie du Christ. [...] Si le Christ est mort sur la croix, c'est pouvons nous dire, en raison de la valeur symbolique que la croix possède en elle-même et qui lui a toujours été reconnue par toutes les traditions. C'est ainsi que, sans diminuer en rien sa signification historique, on peut la regarder comme n'étant que dérivée de cette valeur symbolique même. [...] Ce que nous avons essentiellement en vue dans ce livre, c'est le sens métaphysique de la croix, qui est d'ailleurs le premier et le plus important de tous, puisque c'est proprement le sens principiel. Tout le reste n'est qu'applications contingentes et plus ou moins secondaires. Et, s'il nous arrive d'envisager certaines de ces applications, ce sera toujours, au fond, pour les rattacher à l'ordre métaphysique, car c'est là ce qui, à nos yeux, les rend valables et légitimes, conformément à la conception, si complètement oubliée du monde moderne, qui est celle des sciences traditionnelles." - René Guénon

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de René Guénon. "Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps" analyse la mentalité du monde moderne. Celui-ci, s'il est en lui-même une "anomalie et même une sorte de monstruosité", a cependant sa place dans les cycles cosmiques de l'Histoire car il correspond, selon René Guénon qui se réfère à la tradition hindoue, à la période extrême du Kali-Yuga. Notre époque est déterminée par le déroulement d'un cycle et elle ne peut être autre que ce qu'elle est. Pour bien voir ce moment il faut toutefois s'extraire de la mentalité que l'époque donne en partage à ses membres, notamment sa faculté de tout réduire au point de vue quantitatif, que ce soit dans les sciences ou dans l'organisation sociale. Notre époque est ainsi celle du règne de la quantité, point le plus bas de la phase cyclique. De ce point de vue, les sciences actuelles ne peuvent rien expliquer. Notre arithmétique, par exemple, est aussi éloignée que possible de la science traditionnelle des nombres, et notre géométrie n'est qu'une caricature de la géométrie sacrée symbolique. René Guénon montre la véritable nature spirituelle de la science traditionnelle, qui s'oppose en tous points à notre science profane. Décrivant les "Signes des temps" - c'est-à-dire selon l'Évangile, les signes précurseurs de la fin du monde, ou plus exactement la fin d'un cycle de l'humanité -, l'auteur du "Symbolisme de la Croix" dénonce les pseudo-initiations, parodies et duperies contemporaines, telles entre autres la psychanalyse et les prophéties New-Age. Cette critique de notre époque souligne aussi l'opposition de l'Occident, source de la nouvelle pensée, et de l'Orient. Pour René Guénon, le monde occidental est définitivement condamné. Lui-même a d'ailleurs abandonné l'Europe chrétienne pour se convertir à la religion musulmane.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Alain (Émile-Auguste Chartier). "Sous le titre "Propos sur des philosophes", Michel Alexandre avait médité de réunir, d'après le voeu et avec l'assentiment d'Alain, un certain nombre de "Propos" contenant chacun une référence ou une allusion à quelque point de doctrine d'un philosophe explicitement désigné. Après la mort d'Alain, et avant la sienne, Michel Alexandre s'est occupé de recueillir des "Propos", de date différente, répondant à son dessein, et il avait tenté à plusieurs reprises de les ordonner de façon cohérente. Il avait reconnu la difficulté inhérente à plusieurs espèces de groupement. Ni l'ordre chronologique des philosophies, ni un ordre quelconque de rubriques ne lui avaient paru satisfaisants. C'est qu'en effet, fidèle à sa méthode de commentaire et de développement de la pensée des grands auteurs, Alain ne s'astreint jamais au cadre originaire du thème qu'il emprunte. Non content de diversifier ce thème il le déborde toujours. C'est sa façon à lui de témoigner de l'actualité de la pensée qu'il admire. Il l'éclaire en éclairant par elle ce qu'elle ne contenait ou ne visait pas au départ. C'est pourquoi il a semblé aux anciens élèves d'Alain qui ont repris le travail commencé par Michel Alexandre que les "Propos" rassemblés par lui pouvaient, à quelques uns près, se prêter à former un recueil sous le titre initialement projeté. Il a paru aussi, après de longues réflexions et tentatives, que c'est dans l'intention de chaque "Propos", plutôt que dans la référence à tel ou tel philosophe, qu'il fallait chercher la raison d'une succession possible. C'est donc finalement la constance des thèmes de la pensée d'Alain que l'on a cherché à mettre en lumière. Même si l'on sait qu'Alain n'avait pas de système, on n'est pas tenu de se plier à l'idée, trop aisément répandue, que les "Propos" sont uniquement des saisies discontinues d'occasions ou de prétextes. L'ordre ici adopté est sans doute artificiel, puisqu'il ne reproduit pas l'ordre des doctrines, ni l'ordre de publication des "Propos". On pense pourtant qu'il n'est pas entièrement arbitraire. Il convient d'ajouter qu'au cours des années où le projet est resté en attente, divers Recueils de "Propos" ont été publiés. Les fidèles d'Alain ne rencontreront donc ici qu'un petit nombre de "Propos" inédits. Mais ce leur sera une occasion nouvelle, en face de "Propos" qu'on croit connaître, de mesurer la richesse de ces textes qui laissent toujours tant à découvrir, même au lecteur attentif - et qui multiplient leurs significations selon qu'ils sont groupés et présentés dans la lumière d'une idée ou d'une autre. Quant à ceux qui feront connaissance avec Alain, par le présent recueil, ils se trouveront d'emblée au plus haut de sa pensée." - Georges Canguilhem.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Alain (Émile-Auguste Chartier). "J'ai pris pour moi cette puissante vue de Hegel, que la philosophie n'est que la réflexion sur la religion, définition qui m'a paru excellente. Cherchez des exemples, il n'en manque pas. Même la politique, sujet dévorant, la politique ne prend l'ampleur que l'on nomme philosophique que par le conflit permanent de politique et religion. L'esthétique s'appuie sur les temples et sur les formes divines. La morale se confond presque avec la religion. La logique n'est réellement qu'un examen des raisonnements de métaphysique, surtout des preuves de Dieu. Bref la religion nous porte à la philosophie. Seule elle offre à la réflexion des objets non arbitraires, ce qui réduit la philosophie à une Critique. C'est ce que j'admets sans restriction. Que ceux qui chercheraient ici quelques derniers mots sur la religion et l'irréligion se détournent vers d'autres ouvrages où nous pensons que la religion ne sera pas considérée aussi amicalement, aussi fraternellement que dans ces Propos-ci. Quel est le but ? Il s'agit de vivre en bon voisin avec la religion, qui, dans le fait, vient toucher nos moindres pensées. Il s'agit encore de se délivrer pour toujours de ce qu'on a appelé d'un vilain mot, anticléricalisme, et qui en effet n'est à craindre que s'il serre le noeud de l'esclave. Il faut penser à la religion librement et sans humeur. C'est ce qu'on trouvera ici proposé et c'est ce qui étonnera les critiques, qui veulent que l'on prenne parti pour ou contre les bûchers. Sur ce sujet-là, justement, on aura beaucoup gagné si, par divers chemins, on s'approche un peu du fanatisme tel qu'il est, et tel qu'il est par la vertu de l'homme. Pareillement retrouver le sentiment religieux dans les populations les plus naïves, en faire en quelque sorte, l'histoire naturelle ou la physiologie, ce sera s'y reconnaître, ou mieux, reconnaître en soi le fétichiste, le métaphysicien, le superstitieux. Tel est le principe de la véritable tolérance, qui exclut entièrement le mépris. [...] Par ces exercices le lecteur fera l'expérience si importante de ceci, que les grandes oeuvres de l'esprit ne peuvent être dites ni vraies ni fausses, ce qui est surtout sensible de la religion qui est une chose humaine aussi naturelle que le Parthénon ou la Vénus de Milo. La réconciliation est en vue par ces remarques, ainsi qu'un nouvel âge où l'on ne réfutera personne, ce qui ouvrira à tous le chemin de penser." - Alain (Extrait de la préface).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de William Hope Hodgson. "Rares sont les écrivains qui peuvent égaler Hodgson lorsqu'il ébauche le dessein des forces sans nom et de monstrueuses entités toutes proches, au moyen d'allusions fortuites et de détails sans importance, ou bien lorsqu'il communique le sentiment du surnaturel et de l'anormal qui pèse sur un paysage ou une demeure. "La Maison au bord du Monde" est sans doute le chef-d'oeuvre de Hodgson. C'est l'histoire d'une maison abandonnée et maudite en Irlande, qui est le point de concentration de hideuses forces souterraines et qui soutient le siège lancé par des monstres hybrides et blasphémateurs, issus d'abîmes insoupçonnables. L'esprit du narrateur qui voyage pendant d'interminables années-lumière à travers l'espace cosmique et les "Kalkpas" éternelles, assistant finalement à la désintégration du système solaire, constitue quelque chose d'assez unique dans la littérature. Partout se manifeste le don de l'auteur à suggérer des objets de terreur imprécis et embusqués dans un décor normal." - H. P. Lovecraft.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Philippe Buonarroti. Le 30 novembre 1795, Philippe Buonarroti publie le "Manifeste des Égaux", inspiré par les thèses communistes de Gracchus Babeuf, dans lequel il affirme que le but de la société est le "bonheur commun" et l'"égalité des jouissances". Pour lui, la propriété privée, suscitant l'inégalité, doit être supprimée et remplacée par la "communauté des biens et des travaux". Il rejoint le "Directoire Secret de Salut Public" constitué par Babeuf le 30 mars 1796 et devient avec lui le principal théoricien de la "Conjuration des Egaux" qui vise rien de moins qu'à renverser le Directoire. Le 30 mars 1796 se constitue un Comité insurrectionnel composé des deux révolutionnaires accompagnés de divers babouvistes (agents dans l'armée, démocrates de l'an II, abonnés du "Tribun du peuple"). Les conjurés pensent pouvoir entraîner les masses populaires mais le complot échoue. Dénoncés à la police par un traître, Buonarroti et Babeuf sont arrêtés le 10 mai 1796. Quatre mois plus tard, une tentative de soulèvement du camp de Grenelle en liaison avec la conjuration, échoue également: 131 personnes sont arrêtées et 30 fusillées. Jugés devant la Haute-Cour de Vendôme le 25 mai 1797, Gracchus Babeuf est condamné à mort, Philippe Buonarroti à la déportation. "Gracchus Babeuf et la Conjuration des Égaux", publié plus tard, en 1828, d'abord sous le titre d'"Histoire de la conspiration pour l'égalité, dite de Babeuf", est le récit passionnément vivant de ce moment révolutionnaire. Classique révolutionnaire et principale référence sur l'histoire du babouvisme, ses thèses sur la "République des Égaux", que l'on nommera plus tard "communisme égalitaire" ou "communisme révolutionnaire", inspireront entre autres Louis Blanc, François-Vincent Raspail, Mikhaïl Bakounine, Auguste Blanqui ou encore Friedrich Engels et Karl Marx qui y reconnaitront "la première apparition d'un parti communiste réellement agissant".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul-Jean Toulet. C'est en février 1921, cinq mois après la mort de Paul-Jean Toulet, que paraissent aux éditions du Divan et chez Émile-Paul frères "Les Contrerimes". Ce recueil, unique dans l'histoire de la poésie française, assurera définitivement la gloire de l'auteur. Comptant quelque soixante-dix contrerimes proprement dites, quatorze chansons, douze dizains et cent neuf coples (strophes), le livre devait paraître initialement en 1913, puis en 1914, à la demande de ses amis poètes de l'École fantaisiste, mais la guerre l'en empêcha. Les contrerimes sont des pièces poétiques d'un mètre tout spécial, formées le plus souvent de trois quatrains construites selon le schéma 8-6-8-6 et rimant à contre-mesure a-b-b-a. Il en résulte un rythme, un élan, une souplesse et une allégresse accentuée encore par l'usage de l'ellipse, impossible à atteindre dans une strophe aux vers égaux. Entre Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé, Guillaume Apollinaire et Omar Khayyam, l'essentiel de l'inspiration de l'auteur est une méditation sur la fugacité de l'instant éternisée par la perfection de la forme prosodique. Tableaux parisiens du début du XXe siècle, bars d'hôtels disparus, regrets d'une jeunesse enfuie, souvenirs du Béarn, de Paris, de Chine et d'Inde, fumées d'opium qui grésille, Toulet saisit toutes les occasions, y compris érotiques, pour être à la fois tendre et narquois, étrange et ironique, grave et léger. Le charme vénéneux de ses contrerimes réside dans l'intimité profonde de la vie, du souvenir et de la mort. Lors de son décès, Toulet laissa un ultime poème, inachevé: "Ce n'est pas drôle de mourir / Et d'aimer tant de choses / La nuit bleue et les matins roses / Le verger plein de glaïeuls roses / L'amour prompt / Les fruits lents à mûrir... / Enfance, coeur léger." Cette édition est complétée par les trente-huit "Nouvelles Contrerimes" tirées du recueil "Vers inédits" publié au Divan en 1936.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. Le jour de ses 41 ans, l'écrivain viennois R*** reçoit une lettre d'une inconnue, adressée "A toi qui ne m'a jamais connue". Dans cette longue lettre, une femme raconte sa vie qui a toute entière été consacrée à l'amour qu'elle lui porte. Elle raconte qu'à l'âge de treize ans elle le croise dans leur immeuble et en tombe immédiatement amoureuse: "Je connais aujourd'hui encore exactement, mon bien-aimé, le jour et l'heure où je m'attachai à toi entièrement et pour toujours." Quelques années plus tard, une très brève relation charnelle les réunit pendant trois nuits, sans que ce séducteur frivole lui accorde aucune attention. Puis il part en voyage. La famille de la jeune femme déménage. Elle donne naissance à son enfant sans l'en informer. Pour élever seule son fils, elle se fait entretenir par de riches hommes de la haute société viennoise en échange de faveurs sexuelles. L'intense amour secret qu'elle éprouve pour R*** perdure au fil des années. Elle le retrouve un jour dans une boîte de nuit, simple client à la recherche d'une prostituée. Elle couche avec lui en espérant être reconnue. Mais il l'a totalement oubliée et ne remarque pas plus qu'avant son existence. C'est à la mort de leur enfant, alors qu'elle-même est sur le point de mourir, qu'elle écrit cette longue lettre, sans reproche, sans ressentiment, simplement pour avouer enfin son infinie et absolue passion amoureuse à celui qui n'a jamais su la voir.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré de Balzac. "Théorie de la démarche" fait partie des essais de "Pathologie de la vie sociale" inclus dans les "Études analytiques" de "La Comédie humaine". Publié en 1833, ce petit essai est une sorte de divertissement dans la cathédrale littéraire qu'est la "Comédie humaine". Pour Balzac, qui regrettait vers la fin de sa vie de n'avoir été qu'un dandy raté, la démarche peut toutefois être une affaire sérieuse. Devenu expert en physiognomonie, en postures élégantes et en "art de lever le pied" à force de fines observations depuis les terrasses de cafés, il analyse les différences entre la marche naturelle du corps humain et celle toute contrainte de l'homme en société. Il médite sur ce que cela révèle, tant sur le caractère de l'individu que sur les vices de la société, n'hésitant pas au passage à se moquer des commerçants, des journalistes et d'une façon générale de la bourgeoisie louis-philipparde de l'époque. "Je parle pour les gens habitués à trouver de la sagesse dans la feuille qui tombe, des problèmes gigantesques dans la fumée qui s'élève, des théories dans les vibrations de la lumière, de la pensée dans les marbres et le plus horrible des mouvements dans l'immobilité", écrit-il.

  • Nêne

    Ernest Pérochon

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Ernest Pérochon. Orpheline, la jeune Madeleine Clarandeau, surnommée Nêne, entre comme domestique au service de Michel Corbier, un paysan veuf et père de deux enfants. Elle seconde efficacement son maître aux travaux de la ferme et s'attache beaucoup aux enfants. Elle se prive pour eux et s'en occupe avec amour, comme si elle était leur mère. Mais une jeune couturière, Violette, nièce d'un ancien valet de la ferme, épouse le paysan. Violette prend bientôt injustement la place de Nêne dans le coeur des enfants. Elle comprend alors qu'elle est de trop dans la maison. Désormais privée de toute raison de vivre, elle se donne la mort en se jetant dans l'étang. Située, comme la plupart des romans d'Ernest Pérochon, dans le cadre du bocage poitevin, l'intrigue du roman évolue aussi dans l'atmosphère tendue des oppositions religieuses locales. Nêne appartient en effet à la "Petite Église", communauté schismatique héritière des chouans de Vendée et issue du refus, par les catholiques traditionalistes, du Concordat de 1801 passé entre le Pape Pie VII et Napoléon Bonaparte. Plus d'un siècle après le traité, catholiques, dissidents catholiques et protestants se vouent encore dans la région une haine tenace dont Madeleine subit les effets. Roman social réaliste et admirable témoignage sur la vie rurale en Vendée au début du XXe siècle, "Nêne" a été couronné par le prix Goncourt 1920.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Ernest Pérochon. Durant la Première Guerre mondiale, alors que tous les hommes valides sont mobilisés sous les drapeaux, les femmes restées à l'arrière doivent prendre la relève dans les campagnes, cumulant le travail domestique et le travail aux champs. "Les Gardiennes" raconte l'histoire de quelques-unes d'entre elles dans une ferme du bocage poitevin. Hortense Misanger, 58 ans, maîtresse femme énergique, autoritaire et dûre à la tâche, est la grande gardienne de l'exploitation agricole. Son mari est trop usé pour travailler. Ses trois jeunes fils et son gendre, tous paysans, sont au combat sur le front. Solange, leur fille, exploite à grand peine la propriété de son mari, fait prisonnier en Allemagne. Engagée comme domestique pour aider aux champs et à la maison, Francine est une jeune orpheline tout juste sortie de l'Assistance Publique. Marguerite, petite boulangère du village, est amoureuse de l'un des fils Misanger. Entre les travaux agricoles harassants, l'éducation des enfants, les réquisitions de chevaux pour l'effort de guerre, les lettres aux soldats, les permissions des fils qui tombent les uns après les autres au champ d'honneur, les intempéries, l'arrivée des premières machines agricoles, la présence au village de soldats américains alliés qui tentent de séduire les femmes, les problèmes de succession et de partage des terres, et toute l'âpre vie quotidienne du monde paysan en ce début du XXe siècle, se noue une intrigue faite de solidarité, de fidélité, de sororité, d'émancipation féminine, de pudeur sentimentale, mais aussi de rivalités et de frustrations amoureuses et sexuelles, de pressions morales et d'injustices sociales, de délations, trahisons et ingratidudes. Ernest Pérochon, instituteur dans son bocage natal des Deux-Sèvres, lauréat du prix Goncourt 1920, futur grand résistant en 1940, rend ici un très réaliste et très poignant hommage à toutes ces femmes courageuses qui ont assuré le travail paysan malgré les épreuves, permettant ainsi de garder intact le patrimoine rural et de nourrir la population française pendant la Grande Guerre. "Les Gardiennes", avec son style tout en simplicité, son ton ouvertement pacifiste et féministe avant l'heure, sa justesse des descriptions et des portraits, reste le seul témoignage littéraire de l'entre-deux-guerres sur le rôle capital de ces femmes épouses, filles ou mères de poilus. Le roman a été adapté en 2017 au cinéma par Xavier Beauvois, avec Nathalie Baye, Iris Bry et Laura Smet dans les principaux rôles.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Étienne de La Boétie. OEuvre pleine des résonances des discours de l'Antiquité classique, le "Discours de la servitude volontaire" fait écho aux luttes politico-religieuses intestines du milieu du 16e siècle mais c'est avant tout une prise de position contre les tyrans et la tyrannie sous toutes ses formes. Inspiré par la passion antique pour la liberté, la thèse principale de La Boétie est de montrer que tout pouvoir a un caractère arbitraire et que la servitude des peuples est due d'abord à sa propre ignorance et à son manque de volonté de retrouver la liberté naturelle à l'homme. Selon lui, si le peuple se contentait ne serait-ce que d'un refus passif du pouvoir, celui-ci tomberait, mais en réalité une grande partie préfère les petites faveurs et privilèges octroyés par le pouvoir plutôt que son droit à la liberté. La Boétie assure cependant que la patience des peuples n'est pas sans limite et que passée cette limite, le refus et la révolte deviennent non seulement légitimes mais obligatoires. Le "Discours de la servitude volontaire" a constitué et constitue encore un texte de référence pour de nombreux mouvements de contestation politique et de désobéissance civile. Il resurgit contre les pouvoirs en place à chaque époque troublée: au 16e siècle par l'opposition calviniste à la monarchie catholique puis par l'opposition catholique à Henri IV, en 1789 par la contestation révolutionnaire de Marat d'abord puis du cercle de Babeuf, sous la Restauration, à la fin du 18e, au 19e par Lamennais qui le réédite contre la monarchie de Juillet, au début du 20e par l'anarchiste Gustav Landauer, pendant la Seconde Guerre mondiale sous le titre d'"Anti-Dictator", aujourd'hui encore les mouvements de résistance à la dictature sanitaire recommandent sa lecture. Cette édition contient la version originale du texte en ancien français et une version transcrite en français contemporain.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. L'imposture est celle de l'abbé Cénabre, prêtre érudit, chanoine respecté, auteur discuté mais admiré, qui, ayant perdu la foi, n'en continue pas moins à rester fidèle aux habitudes et aux apparences de son ministère. Dans la perte de la foi, il trouve cette étrange liberté du mal qui le laisse indépendant de Dieu, sans se laisser aller cependant aux désordres des prêtres indignes. A-t-il jamais eu la foi d'ailleurs ? Spécialiste des problèmes mystiques, auteur d'une "Vie de Tauler" et d'un livre réputé sur les "Mystiques florentins", l'abbé Cénabre est un amateur d'âmes. Il voudrait connaître le secret de la sainteté, éclaircir ce mystère auquel il ne participe pas, mais, en face d'elle, ce psychologue subtil doit reconnaître que l'essentiel lui échappe. Affamé du secret des coeurs, il a l'orgueil de vouloir protéger le sien, de n'être qu'à lui. Dans un moment de crise spirituelle, il confie cependant son imposture à l'abbé Chevance, humble curé de village intimidé devant l'auteur des "Mystiques florentins". Devant cet aveu, celui-ci est alors transfiguré par la force surnaturelle qui le saisit. "L'Imposture" trouvera sa conclusion dans un autre roman qui lui fait suite, "La Joie". Pour Bernanos, "si les moralistes expliquaient tout l'homme, un tel livre n'aurait pas de sens, mais dans leurs calculs ingénieux le péché, non pas la faute, reste l'élément irréductible."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré de Balzac. Avec "La Peau de chagrin", publié en 1831, Balzac commence la série des "Études philosophiques" de "La Comédie humaine". Le jeune marquis Raphaël de Valentin, demeuré orphelin et pauvre, vit hanté par une grande oeuvre qui est sa consolation et son espoir. Il s'agit d'une "théorie de la volonté" inspirée, comme l'action du roman elle-même, par le mesmérisme et l'occultisme. Mais, découragé par l'ampleur de la tâche, il est sur le point de se suicider lorsqu'il rencontre un étrange personnage mi-antiquaire mi-sorcier. Celui-ci lui offre une peau de chagrin qui a le pouvoir de satisfaire tous les désirs de celui qui la possède. Seulement, à la suite de chaque voeu réalisé, la surface de la peau diminue et abrège d'autant la vie de son propriétaire, dont elle est le symbole. Raphaël devient immensément riche, il connaît tous les succès et tous les agréments d'une vie brillante, mais il meurt un an plus tard après une série d'aventures tumultueuses. "La Peau de chagrin" n'est pas vraiment un roman, mais plutôt un conte à demi philosophique, à demi fantastique, qui rappelle quelque peu les contes d'E.T.A. Hoffmann, lequel exerça une grande influence sur les "Études philosophiques". Combinant admirablement le réel et l'imaginaire, Balzac, à travers le thème de la consommation de l'énergie vitale, entend surtout mettre en lumière le contraste entre la volonté humaine et le destin.

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